Alimentation des reptiles

Alimentation des reptiles

La plupart des maladies des reptiles sont liées à des problèmes de nutrition. Il est donc essentiel d’offrir une alimentation équilibrée et adaptée à chaque espèce pour prévenir l’apparition de grandes maladies. Cette fiche a pour but de donner des informations générales, mais pour des conseils plus ciblés sur une espèce en particulier, consultez votre vétérinaire. 

 

I-               Les principales maladies induites par une alimentation inadéquate

Les troubles nutritionnels fréquents en captivité sont listés ci-dessous : 

-       Hyperparathyroïdie secondaire nutritionnelle : déséquilibre hormonal affectant la santé des os. 

-       Lipidose hépatique : accumulation excessive de graisses dans le foie.

-       Hypovitaminose A ou hypervitaminose A : manque ou excès de vitamine A, entraînant des problèmes de vision, de peau et d'autres troubles.

-       Dystocies, retentions d’œufs

-       Carence en protéines

-       Ingestion de corps étrangers

-       Croissance pyramidale de la coquille

-       Insuffisance rénale

-       Obésité

 

II-             Les besoins vitaux 

 

EAU 

Comme pour les mammifères, l'eau est l’élément le plus vital chez les reptiles.  De l’eau fraiche doit donc être disponible en tout temps et l’humidité du terrarium doit être contrôlée. Certaines espèces comme les anoles, caméléons, geckos diurnes et dragons barbus ne boivent pas facilement dans des bols d'eau.  Pour ces cas particuliers, il faudra donc asperger ou vaporiser de l’eau régulièrement dans le terrarium. 

 

UVB

La lumière ultraviolette B (UVB) est essentielle pour les reptiles car elle permet d’absorber le calcium, via l'activation de la vitamine D3. Sans UVB, le calcium apporté dans l’alimentation n’a pas la capacité d’être absorbé au niveau des intestins. 

La lumière UV est arretée par le verre et les plastiques et a un pouvoir de diffusion qui diminue avec la distance. Ainsi, il est important que la lampe UV soit placée à proximité des animaux (à moins de 30-40 cm), et qu’il n’y a pas de verre ou plastique qui empêchent la diffusion. La lampe doit également être à l’extérieur du terrarium pour éviter les brulures. 

Les lampes UVB cessent d’émettre des rayons entre 6 et 12 mois, même si elles éclairent toujours. Il est donc important de changer régulièrement ces lampes. Avant de les changer, vous pouvez également vérifier la quantité d’UVB qui sont émis à l’aide d’un UVB-mètre. 

À noter qu’il n’est pas nécessaire d’offrir une lumière UVB pour les serpents et les geckos nocturnes.

 

VITAMINE A

Une autre vitamine essentielle est la vitamine A. Les carnivores, insectivores et certains omnivores sont plus sujets à une carence en vitamine A, car ils n’ont pas la capacité de synthétiser de la vitamine A à partir de précurseurs comme le β-carotène. Pour ces espèces, il est essentiel de s'assurer que les compléments vitaminiques contiennent de la vitamine A préformée, et non seulement du β-carotène. 

 

III-            Les différents régimes alimentaires 

 

INSECTIVORE

Ce groupe comprend de nombreux lézards, amphibiens et quelques tortues. 

Les insectes sont déficients en calcium et en vitamines liposolubles, et les larves d'insectes ont une teneur élevée en protéines et en matières grasses. 

 

La notion la plus importante à comprendre est le ratio Calcium/Phosphore. Les reptiles en croissance ont besoin d’un ratio très élevé, c’est-à-dire beaucoup de calcium et peu de phosphore. Chez des reptiles adultes, il faut en moyenne viser un ratio entre 1 et 2 de Calcium pour 1 de phosphore (=1-2).

Pour exemple, voici plusieurs ratios Ca/P de quelques insectes fréquemment offerts : grillons = 0.2, vers de farine = 0.1, waxworm = 0.1, superworm = 0.06. En conclusion, nourrir votre reptile avec des insectes achetés en magasin sans supplémentation causera une carence en calcium. 

 

Pour améliorer la teneur en calcium des insectes d'alimentation, il suffit de les nourrir avec un régime riche en calcium (gut laoding) et de saupoudrer les insectes de calcium (dusting). 

-       Le gut-loading consiste à donner à manger des solutions riches en calcium aux insectes, 24 à 48h avant de les offrir aux reptiles. Plusieurs solutions commerciales existent (Mazuri Hi-Ca Cricket Diet, Repashy Bug Burger, liste non exhaustive). Pendant la période de gut-loading, fournissez aux insectes de l'eau propre, comme un coton humide dans un bouchon de bouteille, mais pas de fruits ou de légumes, car ils les consommeront préférentiellement par rapport au régime enrichi en calcium, qui est moins appétant pour eux. 

-       Pour le dusting, placez de la poudre de calcium dans un sac en plastique avec les insectes et secouez légèrement, juste avant de les offrir aux reptiles. Cette méthode peut produire des résultats variables en raison du type de calcium utilisé, de la taille des particules et des propriétés électrostatiques. 

Pour cela du Rep-Cal de Zoo Med peut être utilisé. Il est important de bien choisir le produit utilisé;

○ Utiliser des compléments calciques uniquement, composés de carbonates de calcium. Éviter les suppléments calciques et multivitaminiques car ces derniers ne contiennent jamais suffisamment de calcium pour prévenir les carences en calcium. 

○ Aucun phosphore ne devrait être dans le supplément car les insectes en sont déjà riches. 

○ Privilégier des produits sans vitamine D3 car au long terme, elle peut entrainer des toxicités. La lumière ultraviolette seule est suffisante pour l’absorption du calcium.  

 

CARNIVORE

Ce groupe comprend tous les serpents, de nombreux lézards et quelques tortues. 

La plupart des animaleries vendent des proies congelées (rats, souris, poussins, hamsters, etc) qui doivent être rapidement décongelées dans des sacs en plastique dans de l'eau chaude pour éviter une prolifération bactérienne dans l'intestin des proies (ce qui est possible si elles sont décongelées lentement sur plusieurs heures), ce qui pourrait perturber le système digestif du reptile. 

Si vous disposez de proies vivantes, elles doivent être données tuées pour des raisons éthiques et pour éviter qu'elles ne blessent le prédateur. 

Les tortues aquatiques peuvent recevoir des granulés à base de poisson, des vers de terre, des waxworms, des vers de farine, des grillons, des poissons entiers (guppys, vairons, truites hachées et éperlans), des crevettes entières et des souriceaux. Les poissons rouges ne sont pas recommandés en raison d'infections fréquentes par une bactérie transmissible (Mycobacterium).  

 

HERBIVORE

Ce groupe comprend les tortues aquatiques, les tortues terrestres et de nombreux lézards. Les carences en calcium et en protéines restent un problème fréquent pour les herbivores. Il faut donc favoriser les légumes avec un ratio calcium/phosphore élevé.  

 

-       Recommandations et transition alimentaire

Pour les tortues herbivores, il est recommandé de donner des granulés conçus pour ces espèces, du foin, des plantes locales consommées par les tortues dans la nature, des fleurs, des plantes succulentes et des légumes-feuilles foncés qui seront des alternatives plus saines que les fruits et légumes achetés en magasin. 

Les fruits sont en général pauvres en minéraux et riches en sucres. Ils peuvent perturber la flore intestinale normale et entraîner des pathologies de foie gras. Ils devraient donc être distribués comme des friandises occasionnelles.  

 

L'empoisonnement par les plantes est extrêmement rare chez les tortues, mais quelques exceptions existent. Ne donnez jamais du rhododendron, laurier-rose, tabacier des jardins et des champignons.

 

Il peut être difficile de changer l’alimentation des tortues vers un régime herbivore avec du foin et des granulés.  Pour augmenter l’appétence, le foin peut être coupé et légèrement humidifié pour ne pas diluer les nutriments. De la même façon, les granulés peuvent être trempés dans l’eau pour les ramollir et les mélanger aux légumes. Soyez persévérant, cela peut prendre plusieurs semaines avant que votre reptile adopte ce nouveau régime. 

 

La nourriture doit être disposée dans un bol ou une assiette pour éviter l’ingestion accidentelle de substrat.  Les adultes doivent être nourris environ trois fois par semaine et les nouveau-nés tous les jours. 

Si la majorité de l'alimentation est constituée de granulés et de végétaux locaux, des compléments en calcium ne sont pas nécessaires. Si vous n'utilisez pas de granulés commerciaux ou de plantes locales, saupoudrez légèrement les aliments de calcium pour à chaque repas. Comme pour les insectivores, veillez à utiliser des compléments calciques sans vitamine D3. 

 

-       Liste non exhaustive d’aliments

Herbes du jardin : pissenlit, trèfle, lotiers, pourprier, euphorbe, chiendent, oxalis. 

Légumes-feuilles foncés : chou frisé, fane de navet, bok choy, épinard, choux vert, endive, cèleri, persil, chicorée, laitue romaine. 

Fleurs :  rose, capucine, hibiscus, œillet, géranium, primevère, cactus.

Feuilles : mûrier, raisin, hibiscus, courge.

Autre : raquettes et fruits de figuier de Barbarie sans épines. 

 

-       Fausses idées 

Une fausse idée courante est que les herbivores sélectionneront un régime équilibré parmi les aliments offerts. Bien que cela puisse être vrai dans leur habitat naturel, ce n'est certainement pas le cas en captivité.

On pense que les plantes de la famille des Brassicacées (choux, choux frisés, brocolis, choux de Bruxelles) peuvent provoquent des problèmes thyroïdiens (goitre), mais cela n'a pas été prouvé.  Dans le doute, il faut les donner dans le cadre d'une alimentation équilibrée. 

Les aliments riches en acide oxalique, comme les épinards, les feuilles de betteraves, les feuilles de chou, les blettes, les choux de Bruxelles et le pourprier, diminuent l'absorption du calcium. Pour cette raison, il faut donc éviter d’en donner en grande quantité, car ils n’apporteront pas la quantité journalière nécessaire de calcium. Il a également été supposé que ces végétaux prédisposeraient à la formation de calculs urinaires à base d'oxalate de calcium, mais cette dernière hypothèse reste non prouvée.

 

OMNIVORE

Ce groupe comprend plusieurs espèces de lézards et tortues. 

Ces animaux mangent aussi bien des sources végétales qu’animales. Toutes les recommandations évoquées plus haut restent vraies pour ces espèces. Ce qui va varier entrer les omnivores c’est le pourcentage d’apport végétal par rapport aux sources de protéines. Cela peut changer en fonction de l’âge; par exemple les dragons barbus juvéniles consomment 50 % de matière végétale et 50 % de matière animale, tandis que les adultes consomment 90 % de matière végétale et 10 % de matière animale.